En quoi la société en réseau tend-elle à bouleverser la notion de rumeur, ses mécanismes, ses fonctions et ses impacts ?

La rumeur se répand depuis toujours au sein des différentes civilisations, des plus primitives aux avancées. Elle semble avoir acquis une nouvelle place au sein de la société en réseau, notamment avec le développement des TIC et l’amplification de l’interconnexion entre les individus et groupes sociaux. Nous pouvons donc nous demander en quoi les rumeurs ont évolué dans leur processus de génération et de diffusion, dans leur contenu et dans leur rôle au sein de la société en réseau et tenter de déterminer si la rumeur caractérise ou non cette nouvelle société.

Si la « rumeur » est un phénomène relativement ancien, qui se manifestait déjà dans les anciennes civilisations, force est de constater qu’il n’existe pas encore de définition arrêtée et partagée de la « rumeur ». Kapferer la définit comme un phénomène consistant en «  l’émergence et circulation dans le corps social d'informations soit non encore confirmées publiquement par les sources officielles soit démenties par celles-ci. »[1]. La rumeur peut ainsi être perçue à la fois comme un processus et comme un contenu. En tant que contenu, la rumeur est une information dont la source est non officielle et souvent indéterminée. La rumeur est également un processus car elle recouvre la notion de diffusion de cette information au sein d’un large public.

La notion de « bruit » est également utilisée pour caractériser la rumeur. A ce titre, le petit Robert définit la rumeur en tant que « bruit, nouvelles qui se répandent dans le public ». La rumeur peut alors être assimilée à un bruit de fond, que l’on entend mais dont on ne sait d’où il émane et dont le contenu n’est pas authentifié.

Dans la pratique, il n’est cependant pas toujours aisé de discerner ce qui est de l’ordre de la rumeur de ce qui ne l’est pas. Un amalgame de sens peut être fait entre rumeurs, désinformations, erreurs d’interprétation, canulars ou encore légendes contemporaines.

La rumeur se distingue de l’information sous deux angles. Contrairement à l’information, la rumeur n’a pas d’auteur et ni de source authentifiée. Ensuite, tandis que dans le cas de l’information, le journaliste s’engage à avoir vérifié l’authenticité de l’information auprès de ses sources et engage sa responsabilité, concernant la rumeur, le recoupement est pratiquement impossible.

Le terme « hoax » est également utilisé lorsque l’on s’intéresse aux rumeurs circulant sur Internet. Le site hoaxkiller.fr, chargé de référencer les hoax, en donne la définition suivante : « information fausse, périmée ou invérifiable propagée spontanément par les internautes ». Le hoax est donc une cyber rumeur ou plus précisément un canular sur Internet (« hoax » signifiant « canular » en anglais).

Enfin, la rumeur peut être assimilée à une forme particulière de légende urbaine (ou légende contemporaine). Toutefois, le cycle de vie de la rumeur est plus court et davantage porté sur les thèmes d’actualité.

Le professeur William Stern, qui est l’un des précurseurs de l’analyse de la rumeur, a tenté d’identifier les caractéristiques de la rumeur en s’appuyant sur diverses expériences. Il estime que la rumeur peut être assimilée à une « nouvelle liée à un témoignage initial, dont la diffusion perd en précision »[2]. Elle serait alors caractérisée par des « omissions », des « additions » et des « transformations » successives (Stern, 1902). D’autres chercheurs mettent l’accent sur le fait que la diffusion de la rumeur serait marquée par un phénomène de condensation (et de sélection de détails), d’expansion (et de comblement de lacunes), d’accentuation et d’ « insensibilité à la précaution verbale »[3].

Les rumeurs n’ont pas de sources officielles. Elles peuvent être produites intentionnellement ou naître involontairement (par exemple, à partir d’une mauvaise interprétation d’une information). Néanmoins, selon de nombreux théoriciens spécialisés dans la discipline (dont Patrick Mullen), la rumeur s’instaurerait toujours dans un contexte social particulier. Plus précisément, elle serait la « réponse collective inconsciente à un dérèglement de l’ordre social »[4]. Les contextes caractérisés par un malaise général (les contextes de crise) favoriseraient l’apparition de rumeurs. A titre d’exemple, depuis quelques années, dans un contexte marqué par plusieurs scandales alimentaires, de nombreuses rumeurs portant sur la présence d’ingrédients cancérigènes ou sur l’empoisonnement de produits de grande consommation se sont propagées.

En outre, l’analyse des rumeurs montre que les rumeurs s’articuleraient toujours autour des mêmes thématiques. La rumeur des araignées cachées dans les yuccas traduirait ainsi la peur des produits exotiques. Certaines rumeurs iraient même jusqu’à reprendre intégralement d’anciennes rumeurs en les réactualisant. C’est par exemple le cas de la rumeur récente des seringues infectées placées dans les sièges de cinéma d’Issy les Moulineaux, qui serait en fait née d’une rumeur diffusée dans les années 30 aux Etats-Unis, au Canada et en Inde[5].

Aujourd’hui, Internet semble constituer un médium idéal pour la diffusion des rumeurs. En effet, un nombre considérable de rumeurs circulent sur la toile. Le terme de « rumeurs électroniques » peut alors être employé pour désigner ce type de rumeurs.

Les rumeurs électroniques se différencient en plusieurs points des rumeurs traditionnelles.

Alors que les rumeurs traditionnelles sont principalement diffusées via le mécanisme du bouche-à-oreille, les rumeurs électroniques se diffusent sous forme écrite, à travers la messagerie électronique ou par le biais de forums ou de newsgroup. Or la forme écrite confère à la rumeur une nouvelle valeur. Elle permet notamment à une rumeur de circuler sans subir les mécanismes d’« omission », « d’addition » et de « transformation ». D’une manière générale, l’écrit est, par ailleurs, plus efficace que le bouche-à-oreille pour persuader le destinataire. De plus, les rumeurs électroniques sont majoritairement rédigées sur un ton formel et accompagnées de noms, qualificatifs, numéros de téléphones et autres indications conférant, de ce fait, un caractère authentique au contenu de la rumeur. Toutefois, les rumeurs électroniques perdent le coté personnel de la rumeur traditionnelle, qui indique souvent la présence d’une connaissance du destinataire en tant que témoin de la nouvelle rapportée (« un ami d’un ami m’a rapporté que »). Or l’implication d’une connaissance a tendance à crédibiliser le discours. Malgré cela, les rumeurs électroniques semblent néanmoins avoir plus d’impacts que les rumeurs traditionnelles, notamment en terme de crédibilité.

De plus, Internet favorise la diffusion massive et rapide des rumeurs car il permet d’envoyer tout type de message, de manière simple, à très grande échelle et rapidement. Ainsi, Kapferer estime que l’on ne se contente plus désormais « d’échanger des rumeurs avec ceux que l’on connaît » mais que l’on on a un « nombre bien plus grand de correspondants »[6]. A titre d’exemple, on estime qu’au bout de six générations de messages diffusés à partir d’un seul et même message relatant une rumeur, la rumeur aura été transmise à un million d’individus[7]. Or nous pouvons penser que plus une rumeur est propagée, plus sa crédibilité est renforcée.

La diffusion des rumeurs se trouve également facilitée par l’absence de relations de face-à-face traditionnelles dans le cadre du réseau virtuel. N’étant pas confronté au feed-back immédiat de son interlocuteur, l’individu peut plus facilement se désengager lorsqu’il transmet un message à caractère rumoral (puisqu’il ne fait que transmettre un message dont il n’est pas l’auteur).

Enfin, en permettant l’anonymat de l’émetteur et le jeu sur son identité, Internet offre un cadre propice à la propagation de certaines rumeurs. En effet, des individus mal veillant peuvent tirer profit de ce jeu sur l’identité dans le but de proliférer des rumeurs à moindres risques (anonymat de la source garanti) et/ou en rendant ces rumeurs plus crédibles (usurpation d’identité pour crédibiliser une rumeur).

Du point de vue du contenu, les rumeurs électroniques ne se différencient pas véritablement des rumeurs traditionnelles. Les thématiques sont les mêmes (empoisonnement de produits de grande consommation, vols d’organes, conspirations... auxquelles sont venues se greffer les alertes de virus informatiques, qui ne sont pas fondamentalement nouvelles puisqu’elles traduisent la peur de la contamination et de la modernité). La structure du message est également relativement semblable. On retrouve les mêmes structures narratives : vocabulaire conférant une apparente authenticité, dramatisation, jeu sur la sensibilité et sur l’ignorance du destinataire... , qui sont toutefois marquées par une incitation particulièrement forte de l’internaute à diffuser le message, notamment dans le cas des rumeurs circulant par email. Seul le médium est différent (écrit, numérisé et diffusé via les réseaux). La rumeur semble donc s’adapter au médium.

Internet ne créé donc pas de nouvelles rumeurs mais ne fait qu’amplifier la diffusion de rumeurs traditionnelles, qui trouvent en la société en réseau un nouveau moyen de propagation.

Les mécanismes d’apparition et de diffusion des rumeurs au sein du réseau des réseaux sont particuliers. Le réseau et les groupes sociaux jouent un rôle prépondérant dans le processus de production des rumeurs. La rumeur n’est pas uniquement une réponse du corps social face à une crise mais peut être perçue comme une « modalité ordinaire d’interaction et de sociabilité »[8]. Elle se voit investie d’une fonction phatique, permettant de maintenir un lien, une cohésion entre les membres d’un groupe. Il s’avère d’ailleurs inconvenant de briser le flux de la rumeur, ce qui risquerait de briser ce lien. En permettant une continuité des flux de communication entre les individus, le réseau constitue alors le support de cette fonction phatique.

La rumeur est un facteur de cohésion de groupe et, de manière corrélée, le groupe peut être à l’origine de la création de nouvelles rumeurs, qui circuleront d’abord au sein du groupe et seront ensuite propagées à d’autres groupes par l’intermédiaire des réseaux, en évoluant dans leur forme et leur contenu d’un groupe à l’autre, en fonction de leurs représentations et de son identité.

De par le tissu relationnel qui s’établit entre les membres au sein d’un groupe (réseau) plus ou moins vaste, les réseaux apparaissent donc comme catalyseurs des rumeurs dans le cadre de la société en réseau.

Par ailleurs, malgré la présence d’un support écrit permettant de diffuser un message sans que celui-ci ne soit modifié, les rumeurs circulant sur Internet subissent bel et bien des transformations. Leur contenu peut être réduit, enrichit et reformulé par les différents maillons de la chaîne (même si les modifications de contenu sont moins importantes). Diverses transformations sont apportées en fonction des représentations sociales du groupe au sein duquel la rumeur est diffusée. De plus, Pascal Froissart assimile le fait de lancer une rumeur sur Internet à celui de lancer une bouteille contenant un message à la mer. L’accès et l’usage de l’information via Internet sont déterminés par divers facteurs (sociologiques, cognitifs...) or, il ne suffit pas qu’une rumeur circule sur le réseau pour que chacun y accède et s’en empare. La rumeur prend son importance et son sens dans une société donnée, à un moment précis. Elle se transmettra alors au sein de communautés. On retrouve bien là l’une des caractéristiques de la société en réseau, qui repose sur l’existence de communautés.

La société en réseau semble, en outre, marquée par une propagation et une instrumentalisation des rumeurs dans les diverses sphères de la société : sociale mais aussi commerciale, financière et politique. Les entreprises ont su tirer partie des rumeurs et des mécanismes de la société en réseaux accentuant la prolifération des rumeurs, pour lutter contre la concurrence (infoguerre, désinformation) mais aussi en l’intégrant à leur stratégie de communication pour se faire connaître ou promouvoir de nouveaux produits (on parle de marketing viral ou buzz : « bruit ambiant qui attire l’attention des internautes » (Kapferer)). Le domaine financier et les mécanismes de la bourse, qui fonctionnent sur l’information rare, le bon tuyau et la spéculation, constituent un terrain propice à la prolifération de rumeurs. Or dans le cadre de la société en réseau, les impacts de ce type de rumeurs s’en trouvent renforcés, tant le champ de diffusion des rumeurs est large et les rumeurs circulant via le réseau paraissent crédibles et tant la tension régnant dans ce domaine est forte. Enfin, les rumeurs se sont largement proliférées dans le domaine politique, où elles permettent aux hommes politiques de créer un véritable buzz autour d’eux (pour se faire connaître) et sont utilisées pour décrédibiliser un adversaire ou pour faire passe une idée tout en réduisant les risques liés à la prise de parole grâce au caractère anonyme et informel de l’information rumorale.

Si ces pratiques existaient auparavant, on constate qu’elles se sont accentuées avec le développement d’Internet et l’étendue de la société en réseau.

Face à la prolifération des rumeurs au sein de la société en réseau, impactant désormais l’ensemble du réseau et les différentes sphères de la société, y a-t-il danger ? La rumeur peut être utilisée comme outil stratégique, toutefois cela suppose de maîtriser la rumeur, ce qui est particulièrement difficile dans une société où les nœuds et les liens se sont démultipliés. Le canal de diffusion ne peut être contrôlé : la diffusion des rumeurs se fait aléatoirement à travers les nœuds du réseau et le message peut évoluer de manière non contrôlable. La rumeur peut en outre se retourner contre celui qui en est à l’origine. La loi semble également impuissante face à la rumeur, notamment à cause des problématiques liées à l’identification des auteurs des rumeurs et la coopération judiciaire difficile des états au niveau mondial.

En outre, le concept de société en réseau est étroitement lié à la notion de Société de l’Information, caractérisée par l’explosion de la communication et de l’information. Etant donné la quantité d’informations disponibles, les individus devraient être mieux informés. Cependant, il n’est pas certain que la qualité de ces informations suive la même progression. Les rumeurs aussi s’accroissent. Il peut alors être malaisé pour les internautes de distinguer ce qui relève de l’information et ce qui est de l’ordre de la rumeur. Les média ou sites officiels peuvent, à priori, contrebalancer cette lacune, en donnant un caractère authentique à l’information. Toutefois, les média ne tiennent pas toujours le rôle qu’ils devraient face à la rumeur, notamment les journalistes sur le web. Poussés par la nécessité de publier rapidement des nouvelles fraîches, des journalistes n’hésiteraient pas court-circuiter certaines étapes d’authentification. De plus, les média semblent être un relais propice à la diffusion de certaines rumeurs en le fait qu’ils n’hésitent plus à les citer dans leurs écrits. Pour faire face aux rumeurs, des sites de catalogages de rumeurs ont été mis en place dès le début d’Internet. Toutefois, l’animation de ces sites par des bénévoles et le manque de moyen d’investigation limite la portée de ces « tueurs de rumeurs ».

La rumeur tient donc une place importante au sein de la société en réseau, par ses mécanismes de diffusion et son rôle au sein des différentes sphères de la société, qui se trouvent renforcés. Toutefois, nous pouvons constater que les rumeurs se propageant au sein de la société en réseau ne sont pas fondamentalement différentes des rumeurs traditionnelles, tant dans leur contenu et leur structure que dans leurs fonctions. Il n’y a donc rien de véritablement nouveau concernant la rumeur dans la société en réseau, hormis son extension spatiale et géographique.

La rumeur ne semble donc pas caractériser la société en réseau en le sens qu’elle constitue un phénomène ancien déjà bien ancré dans notre société et que tout ce qui circule à travers les nouveaux réseaux n’est pas uniquement rumeur. Néanmoins, la rumeur est une composante importante de la société en réseau. Même dans un contexte de modernité technologique et dans lequel les individus ont un accès plus large à la connaissance, les pratiques ancestrales liées aux rumeurs perdurent.


[1] http://iep2.ifrance.com/rumeur/accueil.htm, « L'Internet, la rumeur, la rumeur sur l'Internet », consulté le 16/12/2007

[2] FROISSART Pascal, La rumeur. Histoire et fantasmes, éditions Belin, 2002

[3] FROISSART Pascal, La rumeur. Histoire et fantasmes, éditions Belin, 2002

[4] ALDRIN Philippe, Penser la rumeur Une question discutée des sciences sociales, Point-critique, no50 2003/1

[5] SIRINE Matthieu, Comment la technologie amplifie la rumeur, metro, 23 mais 2002

[6] http://www.journaldunet.com/itws/it_kapferer.shtml, interview de Jean-Noël Kapferer : Les rumeurs et Internet : « L'internet est un outil remarquable pour les rumeurs », consulté le 16/12/2007

[7] DAUPHIN Florian, Rumeurs électroniques : synergie entre technologie et archaïsme, Marges, no 76 2002/2

[8] ALDRIN Philippe, Penser la rumeur Une question discutée des sciences sociales, Point-critique, no50 2003/1

Nuage de mots des notes publiés (2006-2007)

Article final sur le caractère "pirate"

Téléchargement caractre_pirate_solene_geron.pdf

Culture du don dans le logiciel libre

« La création est une jouissance, elle se donne et ne s'échange pas. »
Renoo, un linuxien

Dans un monde où l'individualisme s'affirme de plus en plus, où l'argent prend de plus en plus d'importance dans nos vies, une communauté dont les membres se définissent comme des hackers s'est rassemblée pour construire un système informatique qu'ils donnent potentiellement au monde entier. Phénomène étrange, par sa gratuité et par l'ampleur qu'un tel projet a pu prendre parmi les informaticiens. Mais la véritable originalité des hackers réside dans le processus social, dans la forme de vie particulière qu'ils ont su mettre en oeuvre...

Par Matthias Studer

> Source : http://hacker.nabix.net/article/fr/cultdon_1_0.pdf

Page du caractère gratuité

Jamendo met en avant le partage de la musique gratuite

Jamendo200fr Jamendo est une plateforme faite pour distibuer de la musique dans les réseaux peer to peer sur base des licences américaines Creative Commons et de façon légale.

jamendo offre aux artistes une plateforme unique grâce à laquelle ils peuvent accroître leur audience tout en bénéficiant d'une portée internationale grâce à Internet. Dans le cas de jamendo, la majorité des personnes qui diffusent leurs oeuvres sont des artistes indépendants.

La présence d'un artiste sur Internet se présentera sur jamendo sous la forme d'un hébergement : liens vers ses créations et son site officiel, forum, galerie photo, agenda pour ses concerts, commentaires de sa  musique par les internautes, ...

jamendo permet également à l'artiste d'adhérer à un programme de donations qui offre aux fans la possibilité de rémunérer l'artiste. Il s'agit  de faire un don par un support financier, après écoute. Au moins 90% de la somme versée est reversé aux artistes. 

Gratuit ? Réversible ? Les artistes ont tout à gagner à publier leur musique sur jamendo !

C’est toute la puissance des réseaux qui garantit la libre circulation de la musique rapidement et à l'échelle mondiale. Cela représente plusieurs millions de personnes à tout instant. Il suffit d'un seul clic à toutes ces personnes pour télécharger ou écouter de la musique !

On voit à travers cette exemple de plateforme en quoi la gratuité caractérise la société en réseau, représentée ici par l'ensemble des internautes qui contribuent au succés de jamendo.

Jamendo au JT de TF1

Un spectre hante le capitalisme : la gratuité

C’est avant tout pour l’extrême concentration des gains que le P2P est un véritable danger

Une fois de plus, l’économie redécouvre ce que l’anthropologie sait de longue date : l’importance du don. Quand apparurent les échanges de fichiers musicaux et de films via le P2P sur Internet, de nombreux experts prédirent, sur la base de l’hypothèse d’un comportement "économique rationnel" des individus, que tout le monde voudrait utiliser le P2P égoïstement -charger des fichiers- sans se donner la peiner de créer des fichiers à la disposition des autres, et que donc cela ne fonctionnerait pas, ou marginalement.

Or, pas du tout : les échanges P2P ont véritablement explosé. Quelles qu’en soient les raisons -estime de soi, sentiment d’appartenance, volonté de reconnaissance ou plaisir de violer sans danger excessif des règles qu’on juge absurdes-, c’est un fait : une part importante de l’humanité désire donner.

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> Source : Le Monde, 5 Mai 2004

Page du caractère gratuité

Les nouvelles formes d(inter)médiation de la société de l'information

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Open Source : alternative gratuite pour les futurs utilisateurs du libre

Autiste Article final

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Médiation culturelle et théorie du développement cognitif

Vygotski élabore une théorie des fonctions psychiques supérieures grâce à la méthode génétique, conçue comme une « histoire sociale » c'est-à-dire qu'en référence à la théorie sur l'« excentration » de Leontiev « les transmissions ne sont pas simplement d'ordre héréditaires mais aussi culturelles ». Pour Vygotski, l'apprentissage est un processus d'appropriation de ces systèmes, un processus d'appropriation de ces outils.

Plus simplement, Vygotski dit que l'intelligence se développerait grâce à certains outils psychologiques que l'enfant trouverait dans son environnement parmi lesquels le langage (outil fondamental) ; ainsi l'activité pratique serait intériorisée en activités mentales de plus en plus complexes grâce aux mots, source de la formation des concepts.

Pour Vygotski, le langage dit « égocentrique » de l'enfant (opposition entre Vygotski et Piaget) a un caractère social et se transformera ensuite en langage dit « intérieur » chez l'adulte et serait un médiateur nécessaire dans le développement et le fonctionnement de la pensée.

Il présente à partir de travaux expérimentaux le développement des concepts sous forme de complexes chez le tout petit enfant, jusqu’aux concepts élaborés, employés par les adultes.

Le travail de Vygotski articule plusieurs concepts clés qui sont essentiels dans la compréhension du développement précoce de l’enfant. Un des plus importants est celui concernant les zones de développement dont la zone proximale de développement (ZPD) (cf. les considérations de la traductrice de Pensée et langage p.39) qui décrit l’espace conceptuel entre ce que l’enfant peut apprendre de lui-même et ce qu'il peut apprendre avec l'aide d’un adulte. La ZPD est donc tout ce que l’enfant peut maîtriser quand une aide appropriée lui est donnée. Vygotski pensait que les enfants peuvent réaliser et maîtriser des problèmes difficiles quand ils sont guidés et aidés par une personne compétente, généralement un adulte, au cours d’une collaboration. Ainsi, l'éducateur a bien une fonction, il n'a pas qu'à attendre que l'enfant construise par lui-même, en toute autonomie, ses savoirs, de par une maturation psychologique plus ou moins naturelle. C'est là une critique du concept rousseauiste d'éducation négative.

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L’altermédiation, information et communication à l’ère réticulaire

On a cru que la société en réseau en général et l’internet en particulier apportait dans ses bagages la désintermédiation.

Les intermédiaires qui créent de la valeur en faisant payer une information rare et coûteuse quant à son contenu ou son contenant, fut-elle donnée publique, allaient diparaitre au profit d’une communication directe entre les personnes morales / physiques produisant et consommant informations, savoir ou connaissances.

Les profiteurs d’un accès privilégié à l’information, aux données, allaient diparaître dans le grand mouvement réticulaire de la communication directe entre les êtres et l’accès enfin libre et gratuit au savoir.

C’est à moitié vrai, à moitié faux.

L’intermédiaire se définit comme "personne qui intervient entre deux autres, pour leur servir de lien ou les mettre en rapport."

La disparition d’intermédiaires traditionnels ou des formes de médiations traditionnelles ne conduit pas à la désintermédiation mais à de nouvelles formes d’intermédiations et à de nouveaux médiateurs, les alter-médiateurs ou pourquoi pas altermédiaires.

L’alter-médiation est à double sens :
  l’autre médiation, au sens de médiation alternative comme pour alter-mondialisation, la médiation à l’ère réticulaire,
  une médiation tournée vers l’autre, non plus de façon indifférenciée mais personnalisée et signifiante. La prise en compte de l’altérité dans la médiation de masse, qui se décline dans les différents secteurs de la société où l’autre devient alter-ego.

Le marketing direct avec des contacts qualifiés, profilés avec des comportements connus grâce aux cookies de l’ordinateur rentre dans cette altermédiation. Le peer to peer en est un autre exemple. La mise en place de communautés communicantes en dehors des modes traditionnels, en s’exonérant des intermédiaires obligés relève de l’altermédiation.

L’altermédiation n’est ni bonne, ni mauvaise. Elle est subie - volontairement ou non - et/ou construite.

L’altermédiation ne se conçoit que dans le réseau, pour produire et/ou recevoir l’information / communication / donnée /savoir.

Identification, reconnaissance de soi et reconnaissance mutuelle sont pour Paul Ricoeur [1] les stades de la reconnaissance. Il n’en est pas autrement dans l’altermédiation, médiation où se satisfait le besoin explicite ou non d’être reconnnu et corollairement de reconnaître.

Cette altermédiation est une non seulement une autre médiation, une médiation de l’autre mais et surtout une intermédiation de la reconnaissance.

Dans cette logique, l’appropriation, la maîtrise des outils de communication et la construction de son propre réseau pour ne pas subir les réseaux dominants sont des processus d’altermédiation.

Un monde altermédiaire et qui commence à en prendre conscience se dessine pour construire les réseaux voulus et non plus subis.

Philippe Batreau

http://www.smsi-territoires.net/l-altermediation-information-et-communication-a-l-ere-reticulaire-article00065.html

Circuit financier & Intermédiation bancaire

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Intermédiation et Désintermédiation

Les banques jouent le rôle d'intermédiaires de crédit. Elle empruntent des fonds auprès des déposants (ou éventuellement sur le marché) et reprêtent cet argent aux agents qui ont besoin de financement. Il n'y a aucun contact ni aucun lien juridique entre les prêteurs et les emprunteurs. La banque assume tous les risques liés au crédit. Les opérations de crédit passent par le bilan de la banque : les dépôts sont inscrits au passif (dettes à l'égard des déposants) et les crédits à l'actif (créances sur les emprunteurs).

Depuis une trentaine d'années, certains agents économiques parviennent à diminuer leurs coûts de financement en s'adressant directement au marché sans passer par l'intermédiation bancaire. C'est le phénomène de la "désintermédiation". Il s'agit surtout des grandes entreprises dont la taille et la renommée inspirent confiance. Les PME qui ne peuvent que difficilement accéder au marché continuent à dépendre davantage du crédit bancaire.

La désintermédiation – qui implique que les opérations ne passent plus par le bilan des banques – ne signifie pas que les banques n'ont plus aucun rôle à jouer. Au contraire, lorsque de grandes entreprises veulent placer des titres sur le marché, elles font le plus souvent appel à leur(s) banquier(s) pour les conseiller quant aux conditions (taux d'intérêt, prix d'émission, timing) et les aider à écouler leur papier sur le marché.

http://www.abb-bvb.be

La société de l'information serait-elle une société sans médiation?

La société de l'information serait‑elle une société sans médiation ? Une société qui mettrait en contact, directement, grâce à des appareils plus ou moins magiques, l'esprit avec l'esprit, l'être avec l'être, la liberté avec la liberté, le désir avec le désir ?

On a souvent observé que les projets menés au nom de la « société de l'information », comme beaucoup d'autres depuis fort longtemps, visent à supprimer les intermédiaires entre les hommes. Estaunié ne définissait‑il pas la «télécommunication » (il avait inventé le mot en 1903), comme « l'ensemble des moyens électriques de transmettre la pensée à distance » ? On ne cesse d'attribuer, depuis deux siècles notamment, à des dispositifs la capacité à permettre la communication directe entre les hommes, ces dispositifs étant toujours nouveaux, car il est nécessaire pour le maintien de cette illusion qu'elle se renouvelle sans cesse, chaque vague d'innovation chassant l'autre. La prochaine « société de l'information » nous débarrassera inéluctablement des intermédiaires et des obstacles actuels. Demain, on connecte gratis.

En réalité, la médiation ne disparaît pas, mais certains intermédiaires tendent à disparaître (les économistes parlent de « désintermédiation ») en même temps que de nouveaux intermédiaires apparaissent: « pourvoyeurs d'accès », « portails », etc. La vraie question que pose ce fantasme de rendre la société immédiate et directe, c'est le sort qu'une telle société veut donner à tous ces intermédiaires par lesquels vivent aujourd'hui la culture et la cité : les éditeurs, enseignants, bibliothécaires, vulgarisateurs, guides, militants, représentants, par lesquels les idées se propagent et s'entrechoquent. Doivent‑ils disparaître, perdurer, muter ? Une démocratie sans médiateurs serait‑elle encore une démocratie ? Pourquoi serait‑il préférable que les hommes se passent de ceux d'entre eux qui s'emploient à les relier, à les relayer, à les confronter ?

La situation actuelle présente d'ailleurs un caractère paradoxal. En même temps que les médiations sont rejetées par l'utopie technicienne, le terme de « médiation » connaît un succès sans précédent. Il est omniprésent dans l'analyse scientifique (sociologie des médiations, sciences politiques, sciences de l'information et de la communication) mais aussi dans la vie politique (médiateur de la République ) médiatique (médiateur du Monde, Hebdo du médiateur), culturelle (médiateurs scientifiques, médiation culturelle), sociale voire policière (médiateurs urbains). Ce succès du terme pourrait indiquer un besoin d'intermédiaires et de tiers, une conscience de la complexité de certains phénomènes, plutôt qu'un contenu défini.

De ses origines religieuses (les anges et les prêtres sont médiateurs entre Dieu et les fidèles) et juridiques (la médiation est la tentative de conciliation dans un procès) le terme conserve plusieurs de ses valeurs : évoquant une image topologique (le médium, c'est le milieu entre deux points) il peut comporter l'idée d'intermédiaire (la communication passe par des objets et des agents), de compromis (le social procède d'une entente), de travail (la culture procède de transformations).

Dans les théories relatives au rapport entre information et société, l'idée de médiation n'a cessé de se transformer dans les dernières décennies. Les théories « classiques » de l'information, issues d'un modèle technicien (celui de la transmission), convoquent une idée forte de médiation, qui a été explicitée par Abraham Moles : la différence des cultures entre experts et profanes demande un travail d'adaptation, qui relève de médiateurs professionnels, aptes à traduire une culture dans une autre. C'est la mission assignée aux vulgarisateurs, et plus généralement aux médias.

Cette fonction‑médiation a été critiquée comme une illusion intéressée par les sociologues de la culture et des institutions. Bourdieu aborde les médiations, non comme une transmission volontaire des idées, mais Comme un processus d'intériorisation de normes et de comportements qui nous conduisent à adopter certaines pratiques comme si elles étaient naturelles. Après une telle critique, se sont multipliées les études qui montrent la construction par divers acteurs d'un ensemble complexe de médiations diverses, des chaînes d'acteurs et d'objets capables de créer peu à peu les solidarités qui permettent à des objets comme une théorie scientifique, un projet technique ou une pratique musicale de devenir légitime et de se propager en un réseau social. Parallèlement, le fait de s'intéresser à toutes les pratiques qui font circuler de fait les idées et les savoirs dans la société a permis de mieux comprendre la richesse et la dimension créative du travail des médiateurs (entendus ici moins comme des intermédiaires que comme des acteurs de la transformation culturelle), vulgarisateurs, bibliothécaires, éditeurs, journalistes, enseignants, militants, experts, etc. On passe ainsi, graduellement, d'une idée générale de la médiation à la compréhension d'un ensemble très divers de médiations.

On peut penser toutefois que l'inventaire des pratiques ne suffit pas à comprendre l'importance des médiations dans l'institution de la culture et de la société. La médiation est aussi ce qui distingue une société d'une simple collection d'individus, c'est un « tiers » symbolique (ensemble de valeurs, de pratiques partagées, de lieux de mémoire) qui d'une certaine façon transcende le quotidien des échanges. Par exemple, une classe n'est pas seulement une relation entre des jeunes et un adulte, cette relation est placée sous le signe et dans le cadre d'une institution, l'école et d'un ensemble de finalités, la culture et ses modes d'institution et de transmission. Un conseil municipal dit « électronique » n'est pas seulement un forum entre des gens qui expriment des impressions sur la vie d'une ville, il concerne, ou devrait concerner, l'intérêt général de citoyens et l'avenir d'un développement territorial.

Toutes ces questions sont en débat aujourd'hui, ou devraient l'être et ce débat engage nécessairement les trois dimensions ici évoquées de l'acte de médiation: son substrat technique (quels dispositifs ?), ses procédures politiques et professionnelles (quels acteurs, quels métiers, quels lieux ?), son sens culturel et social (quelles valeurs, quels principes ?). L'informatisation des médias induit de fait des transformations puissantes dans l'économie des médiations (qu'on pense par exemple à la bibliothèque face au numérique ou au contrôle des canaux d'image dans les guerres). Mais ces transformations paraissent invisibles parce que le « réseau » est présenté systématiquement comme une disparition des intermédiaires ‑ ce qu'il n'est en aucun cas.

L'une des grandes questions politiques posées par les dispositifs liés à la « société de l'information » est de savoir si ces standards de fait régleront seuls la question des intermédiaires et celle du tiers, où si l'enjeu de ces transformations peut être discuté.

Yves JEANNERET

http://ensmp.net/

Médiation dans l'apprentissage à distance

La médiation a toujours existé. Cette affirmation peut être considérée, par certains, comme une évidence car elle est intrinsèquement liée au développement scientifique et technique qu’a connu l’humanité. La médiation c’est d’abord l’interaction entre des êtres humains qui dépassant la simple transmission de savoirs permet la transmission de codes langagiers, de modes de pensée, de culture. En effet c’est des rapports entre les hommes, de la confrontation d ‘idées que naît la connaissance. L’apprentissage à distance est un acte de communication asynchrone où la médiation des savoirs est à la fois médiation interpersonnelle et médiation technique.

Parler de médiation interpersonnelle dans l’acte d’apprendre à distance c’est reconnaître le rôle du formateur-médiateur, la place de l’apprenant, l’objet de la médiation.

Le rôle du formateur n’est pas tant de transmettre des savoirs que de permettre que s’instaure une relation dynamique entre l’apprenant et l’objet d’apprentissage, ceci est d’autant plus important que l’apprentissage à distance donne à l’apprenant une liberté plus grande face à l’objet d’apprentissage. Ce dernier doit donc être attrayant, simple d’utilisation et répondre aux besoins spécifiques de l’apprenant.

L’apprentissage à distance donne un regard différent sur celui qui se forme. L’apprenant est actif et autonome dans son processus d’apprentissage. Il développe des stratégies mentales de traitement et de stockage des informations permettant l’intégration des savoirs acquis dans son propre système de connaissance.

L’objet de la médiation c’est à dire le contenu n’est plus perçu comme une somme de savoirs mais plutôt comme un support pédagogique qui entre en relation avec d’autres savoirs propres à chaque apprenant. La disponibilité du contenu grâce à l’outil technique utilisé ne doit pas effacer le fait que la simple mis à disposition de contenus ne suffit pas pour créer une situation d’apprentissage.

Il est illusoire de penser que la mise en ligne de contenus pédagogiques suffit à établir une relation d’apprentissage. La mise en place de situations d ‘apprentissage efficaces nécessite une médiation humaine qui peut être effective via des forums de discussions, des chats ou encore les foires aux questions qui permettent la création de liens, de relations interpersonnelles où l’échange apporte des précisions et une recontextualisation du contenu qui place ce dernier dans un champs de connaissances plus élargi.

http://www.rel.dreamhosters.com/?p=280

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